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Des architectes à l’épreuve de la participation

2009,

In De Coninck (F.) et Deroubaix (J.-F.) (dir.) Ville éphémère, ville durable - Nouveaux usages, nouveaux pouvoirs, éditions de l’Œil d’Or / l’École doctorale Ville-Environnement, Paris, 2009.

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Depuis les années 70, la profession des architectes s’inscrit dans un mouvement de socialisation de l’architecture [1]. Dans le contexte de la réforme des Beaux-arts, et un peu plus tard du mouvement politique de 1968, une génération d’étudiants et d’enseignants en architecture s’est interrogée sur la dimension sociale de l’architecture, sur la formation des architectes et sur l’exercice du métier. [2] Parmi les situations contribuant à cette socialisation de l’architecture, la « participation des habitants » a fait l’objet de nombreuses expérimentations, des architectes ayant été amenés à contribuer aux projets d’associations et de collectifs d’habitants [3]. Quelques architectes ont ensuite fait de cette expérience à caractère militant une compétence spécifique.

Dans un contexte différent, la loi sur la Solidarité et le Renouvellement Urbain (SRU) a récemment mis les architectes, à la suite des maîtres d’ouvrage du secteur public, face à la consultation et la participation des habitants. En effet, l’architecture, et plus largement le domaine de l’aménagement, s’inscrit désormais de plus en plus dans des procédures liées à la montée de la démocratie participative (avec des dispositifs de concertation, de consultation et de participation). Parallèlement, un certain nombre d’associations de professionnels venant de différents horizons, regroupant notamment des architectes, des géographes, des sociologues et des artistes, développent des actions de participation pour le compte de collectivités locales ou de maîtres d’ouvrage publics, souvent dans le cadre d’opérations de réhabilitation. Ces associations mettent en avant des démarches alternatives aux processus traditionnels d’élaboration du projet architectural ou urbain qui réservent la conception et la réflexion aux seuls professionnels. Elles privilégient souvent des interventions sur les petites échelles permettant une maîtrise plus importante des habitants sur le projet.

Notre recherche [4] s’appuie ici sur la réalisation d’entretiens avec des architectes qui ont contribué à la fondation d’associations ayant des activités pédagogiques et participatives dans le domaine de l’architecture. Les entretiens, de nature biographique, nous ont permis de proposer une analyse des discours de ces architectes sur leur activité tout en les mettant en rapport avec le récit de leur trajectoire professionnelle, c’est-à-dire avec la position qu’ils ont progressivement prise par rapport à leur champ d’origine qu’est l’architecture. [5] A travers ces récits, nous observerons comment cette expérience sociale particulière de la participation modifie les représentations qu’ont les architectes de leurs pratiques et comment cela renouvelle la nature de leur appartenance au groupe professionnel des architectes. La première partie de ce travail présente le point de vue de quatre associations sur leur pratique de la participation. La deuxième partie tente d’interpréter plus largement les discours de l’ensemble des personnes interrogées afin de caractériser la spécificité de leurs positionnements par rapport aux discours « canoniques » des architectes [6], en particulier sur la relation à l’œuvre et au projet.

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Notes

[1] Gérard Ringon, d’après B. Haumont, Histoire du métier d’architecte en France, PUF, Que sais-je ?, Paris, 1998.

[2] Jean-Louis Violeau, Les architectes et mai 68, éd. Recherches, Paris, 2005.

[3] Voir notamment le travail de Bernard Kohn à l’Alma-Gare et les expériences relatées dans la revue Place. Peuple, espace, pouvoir, publiée de 1975 à 1977.

[4] Ce travail s’inscrit dans le cadre d’une thèse de doctorat, réalisée au Laboratoire Espaces Travail (Ecole doctorale Ville et Environnement, Paris 8) sous la direction de Thérèse Evette.

[5] Voir à ce sujet Elise Macaire, Actions pédagogiques et participatives, construction d’une hypothèse sur la socialisation "démocratique" de l’activité de l’architecte, master de sociologie, EHESS, 2006.

[6] Nous nous appuierons notamment sur l’article de Christophe Camus, « Dire le faire. Présentation d’architectes ou présentation d’œuvre ? » in « Métiers », Les cahiers de la recherche architecturale et urbaine, n°2-3, éd. Du Patrimoine, Paris, nov. 1999, p.107-118.