Accueil du site > Centres de ressources > Démarches participatives > Documentation > Une récupération à grand bruit de la colère habitante

Une récupération à grand bruit de la colère habitante

7 février 2017,

Métropolitiques, 7 février 2017.

| Articles scientifiques

"La participation des habitants est affichée comme une priorité du Nouveau Programme national de rénovation urbaine (NPNRU, 2014‑2024), qui parle même de « co-construction ». Localement, les choses sont pourtant loin d’aller de soi. Dans l’article qu’il consacre au quartier du Pile à Roubaix, en cours de rénovation, le sociologue Julien Talpin dénonce les stratégies des acteurs municipaux pour encadrer et contrôler les fragiles processus impliquant ou émanant des citoyens (Talpin 2016)."

"(...) Pouvoir vs. contre-pouvoir ou top‑down vs bottom‑up : ces modèles binaires fonctionnent comme des lunettes déformantes. Ils arment une dénonciation légitime des entraves municipales à la participation citoyenne, mais laissent dans l’angle mort certains acteurs intermédiaires qui tentent de la faire vivre au quotidien. Au delà du cas particulier du Pile, ce déni, du moins cet oubli, illustre plus généralement le risque potentiel d’une concurrence entre les divers types d’acteurs de la participation. À une époque où celle-ci devient une priorité de la politique de la ville, les acteurs politiques, institutionnels, professionnels ou associatifs ont des intérêts parfois divergents à faire valoir leur hégémonie dans ces processus participatifs, au risque de les enrayer.

L’histoire récente du Pile illustre également les difficultés structurelles qui pèsent sur les opérations de rénovation urbaine : ambiguïté de l’ANRU (qui centralise les moyens de la puissance publique, tout en prônant la participation, donc le partage de ces moyens), instabilité de l’échiquier politique local, inertie des modes opératoires technico-administratifs, dépendances diverses du milieu associatif, tiraillements entre intérêt général et intérêts particuliers. Elle illustre enfin le rôle équivoque de l’architecte, à la fois acteur de la transformation, expert que l’on a tendance à confondre avec les intérêts de ses commanditaires et intellectuel critique dont les ambitions débordent souvent largement (et contestent parfois) le cadre strict de son mandat."